Informations pratiques

Le séminaire est organisé par Alexandra Saemmer et Sophie Jehel, professeures en sciences de l’information et de la communication, Univ. Paris 8, Cémti, ED Sciences sociales

Il est ouvert aux doctorant.e.s de l’ED sciences sociales et des autres ED 

Dates des séances : 22 janvier ; 12 février ; 19 mars ; 16 avril ; 14 mai ; 18 juin 2026

Horaire : 9h30-12h30

Lieu : le 22 janvier, salle C129, bâtiment C ; pour les autres séances, salle MR215, Maison de la Recherche.

Adresse : Univ. Paris 8, 2 rue de la Liberté, 93200 Saint-Denis, métro Saint-Denis Université, ligne 13.  

Dates

Du jeudi 22 janvier au jeudi 18 juin 2026

Objet du séminaire

Depuis trois ans, l'enseignement et la recherche sont bouleversées par la généralisation des outils d'IA générative du fait notamment de la gratuité de certaines versions de ChatGPT, DeepL, DallE et autres générateurs grand public. La performance de ces générateurs dopés aux algorithmes et dotés de bases de données impressionnantes a réussi à les imposer comme des outils de recherche d'information et d'expression dans la vie quotidienne tout comme comme dans les activités professionnelles. Les étudiant.es s'en sont emparé.es très vite, sans doute plus rapidement que ne l'ont fait les enseignant.es et les chercheur.es, en dehors de celles et ceux dont c'est le champ d'expertise depuis parfois plusieurs décennies. 

Tou.tes les enseignant.es à l'université ont pu se rendre compte, en lisant des dissertations, voire des mémoires, voire parfois des thèses, que les étudiant.es avaient recours à des outils d'IA générative. Beaucoup se sentent déstabilisés. Que signifie se former à l'université, s'il suffit d'un « prompt » adressé à une plateforme pour construire une apparence de raisonnement ? Comment attester de l'implication et des progrès des étudiant.es si nous ne pouvons pas leur faire confiance pour produire des textes, des images, des créations qui leur permettent de développer leur pensée personnelle, et de défendre leurs points de vue d'une façon documentée et conforme à l'éthique de la recherche en SHS ?

Au-delà des étudiant.es, c'est aussi l'ensemble des productions de la recherche qui peuvent se trouver suspectées.  En sciences de l'information et de la communication, particulièrement, nous avons l'habitude de travailler avec des outils numériques pour en construire une approche critique. Par différentes méthodologies nous pouvons les expérimenter, les interroger, en chercher la genèse, enquêter sur les usages qui en sont faits dans des contextes singuliers et différents, pour en comprendre mieux les enjeux sociaux, linguistiques, sémiotiques, politiques.

Dans ce séminaire, nous souhaitons explorer les questions que soulèvent les usages des outils d'IA générative dans l'écriture de la recherche, qu'il s'agisse d'une écriture textuelle, visuelle, du point de vue de l'écriture de l'enquête, ou de l'écriture des résultats de l'enquête. Est-il possible dans une démarche de recherche d'utiliser des outils dont le fonctionnement particulièrement opaque propose en quelque sorte un remplacement du cheminement argumentatif, une amélioration de la productivité dans l'écriture, sans se demander jusqu'à quel point ces processus portent atteinte à l'éthique de la recherche et à l'indépendance du ou de la chercheur.e ?

Acceptons-nous de devenir les "perroquets stochastiques" d'outils dont nous ne connaissons ni les algorithmes, ni la composition précise des bases de données ? Allons-nous inventer dans les années qui viennent des écritures qui s'appuient sur ces outils tout en s'en émancipant, et de quelle nature pourraient être de telles productions de recherche ? Ou allons-nous finalement mettre en place plutôt de nouveaux formats expressifs, revaloriser les particularités humaines, les points de vue situés, les spécificités d'une plume de chercheur.e en valorisant le fait que la scientificité d'un texte de recherche ne réside pas que dans son argumentation, mais aussi dans sa forme ?  

Les six séances que nous organiserons permettront de discuter avec des chercheur.es, écrivain.es, artistes, sociologues, historien.nes, traducteur.ice, des horizons de créativité et des responsabilités que nous devons préserver.

Introduction du séminaire le 22 janvier 9h30 en salle C 129

Intervenantes : Alexandra Saemmer, Sophie Jehel

Invitée: Claire Larsonneur, Maîtresse de conférences, Univ. Paris 8, Transcrit

La séance d'introduction posera les jalons de notre réflexion commune autour de l'écriture avec ou sans IAG.  Ces outils peuvent-ils être considérés comme des soutiens, des aides à la recherche ? Les risques qu'ils renferment en termes de surveillance, de captation de données personnelles à partir des prompts déposés par leurs usager.es, d'orientation politique des contenus proposés, peuvent-ils être évalués et canalisés par des pratiques expertes ? 

Alexandra Saemmer se demandera, à partir d'une brève histoire de l'IA comme outil d'écriture, si nous pouvons trouver des appuis dans les pratiques déjà existantes d'écrivain.es et artistes, qui expérimentent avec les IA génératives sans se soumettre à leurs processus de formatage expressifs. 

Sophie Jehel proposera de s'interroger sur les risques cognitifs et de démotivation qu'ils peuvent susciter auprès des adolescents et des jeunes adultes à partir d'enquêtes françaises et internationales disponibles.

Nous aurons enfin le plaisir d'entendre Claire Larsonneur, maîtresse de conférences au laboratoire Transcrit, Univ. Paris 8, sur les enjeux de la "traduction digitale".