Objet du séminaire
Depuis trois ans, l'enseignement et la recherche sont bouleversées par la généralisation des outils d'IA générative du fait notamment de la gratuité de certaines versions de ChatGPT, DeepL, DallE et autres générateurs grand public. La performance de ces générateurs dopés aux algorithmes et dotés de bases de données impressionnantes a réussi à les imposer comme des outils de recherche d'information et d'expression dans la vie quotidienne tout comme comme dans les activités professionnelles. Les étudiant.es s'en sont emparé.es très vite, sans doute plus rapidement que ne l'ont fait les enseignant.es et les chercheur.es, en dehors de celles et ceux dont c'est le champ d'expertise depuis parfois plusieurs décennies.
Tou.tes les enseignant.es à l'université ont pu se rendre compte, en lisant des dissertations, voire des mémoires, voire parfois des thèses, que les étudiant.es avaient recours à des outils d'IA générative. Beaucoup se sentent déstabilisés. Que signifie se former à l'université, s'il suffit d'un « prompt » adressé à une plateforme pour construire une apparence de raisonnement ? Comment attester de l'implication et des progrès des étudiant.es si nous ne pouvons pas leur faire confiance pour produire des textes, des images, des créations qui leur permettent de développer leur pensée personnelle, et de défendre leurs points de vue d'une façon documentée et conforme à l'éthique de la recherche en SHS ?
Au-delà des étudiant.es, c'est aussi l'ensemble des productions de la recherche qui peuvent se trouver suspectées. En sciences de l'information et de la communication, particulièrement, nous avons l'habitude de travailler avec des outils numériques pour en construire une approche critique. Par différentes méthodologies nous pouvons les expérimenter, les interroger, en chercher la genèse, enquêter sur les usages qui en sont faits dans des contextes singuliers et différents, pour en comprendre mieux les enjeux sociaux, linguistiques, sémiotiques, politiques.
Dans ce séminaire, nous souhaitons explorer les questions que soulèvent les usages des outils d'IA générative dans l'écriture de la recherche, qu'il s'agisse d'une écriture textuelle, visuelle, du point de vue de l'écriture de l'enquête, ou de l'écriture des résultats de l'enquête. Est-il possible dans une démarche de recherche d'utiliser des outils dont le fonctionnement particulièrement opaque propose en quelque sorte un remplacement du cheminement argumentatif, une amélioration de la productivité dans l'écriture, sans se demander jusqu'à quel point ces processus portent atteinte à l'éthique de la recherche et à l'indépendance du ou de la chercheur.e ?
Acceptons-nous de devenir les "perroquets stochastiques" d'outils dont nous ne connaissons ni les algorithmes, ni la composition précise des bases de données ? Allons-nous inventer dans les années qui viennent des écritures qui s'appuient sur ces outils tout en s'en émancipant, et de quelle nature pourraient être de telles productions de recherche ? Ou allons-nous finalement mettre en place plutôt de nouveaux formats expressifs, revaloriser les particularités humaines, les points de vue situés, les spécificités d'une plume de chercheur.e en valorisant le fait que la scientificité d'un texte de recherche ne réside pas que dans son argumentation, mais aussi dans sa forme ?
Les six séances que nous organiserons permettront de discuter avec des chercheur.es, écrivain.es, artistes, sociologues, historien.nes, traducteur.ice, des horizons de créativité et des responsabilités que nous devons préserver.